L'exaltation à Guingamp

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

L'exaltation à Guingamp

Message  vajecy le Jeu 19 Fév 2009, 12:17

[hrL’EXALTATION A GUINGAMP

«  On piaffait d’impatience. A l’institution Notre-Dame-de-Guingamp, le supérieur, qui avait fait 14-18, ne supportait pas que le collège soit occupé par les allemands. Nous retrouvions le même esprit patriotique au stade Charles-de-Blois, dont le président était le petit-fils d’un général qui avait combattu en 1870 avec les Zouaves pontificaux.
Nous avions passé le bac dès le mois de mai, et nous voulions nous aussi libérer le pays. On était trois cents jeunes exaltés. L’exploit du maquis de Plésidy-Saint-Connan, qui dépendait de l’armée secrète et de Libé-Nord, fut de canaliser, d’encadrer notre enthousiasme et nous donner clandestinement une instruction d’armes.
En trois jours, fin juillet, le maquis s’était implanté dans le bois de Coat-Mallouen. Un gros parachutage le 7 juillet avait permis d’équiper tout le monde en armement anglais. Huit jours d’entraînement militaire avec une discipline de fer et nous étions lancés dans le harcèlement organisé. Embuscade ici, coup de main là, un dépôt d’essence qui explose à Saint-Brieuc, un train attaqué du côté de Laniscat, on affolait l’occupant en le fixant loin du front de Normandie.
Le 27 juillet, visiblement à la recherche de notre camp, une forte colonne allemande a été surprise par nos guetteurs. L’accrochage a duré une heure et demie. Deux cent vingt des leurs avaient été mis hors de combat, nous avions perdu treize jeunes. Deux de mes amis sont tombés à côté de moi, mais dans le feu de l’action, j’étais inconscient du danger, et cela m’a plutôt donné un coup de fouet.
Début août nous avons intensifié les embuscades sur la très fréquentée RN12. Les allemands ont abandonné leur fameux PC du château de Keribo, aux portes de Guingamp. Rejoints par d’autres maquisards pourchassés, nous nous y sommes installés à 450, profitant de leurs propres emplacements de combats. Le 7 au matin, ils sont revenus nous attaquer. Ils attendaient des renforts importants que, pour notre salut, la RAF a détruits en route. Ils ont décroché. On a appris que les américains approchaient de Guingamp et le commandant Robert a lancé en renfort toutes ses sections de maquisards. Les allemands n’ont pas offert une résistance terrible. Nous étions supérieurement armés et nous avons fait 650 prisonniers, dont 15 officiers supérieurs.
La libération de notre ville a été un moment formidable. Pour nous, tout jeunes, et qui n’avions aucune vision globale du monde, la patrie, c’était Guingamp. On a retrouvé nos parents, les gens qu’on avait laissés depuis des semaines. Il y a eu un grand bal public le soir. On ne s’est pris vraiment pour des héros, non. On a fait notre devoir. Les vrais héros ce sont ceux qui ont pris vraiment tous les risques, sans une arme: les médecins, les prêtres, les paysans qui cachaient les hommes poursuivis. Mais cela, on ne le comprend qu’après ».

Pierre Ziegler,
17 ans et demi en août 44, à Guingamp

Les articles que j’écrit sur « les témoignages » viennent du OUEST-France hors série « 1944 l’été de la liberté » avril 1994.

Amicalement: Eric


[i]
avatar
vajecy

Nombre de messages : 214
Date d'inscription : 24/12/2008

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'exaltation à Guingamp

Message  Invité le Sam 21 Fév 2009, 07:42

Merci d'avoir retranscrit ce témoignage Wink

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: L'exaltation à Guingamp

Message  vajecy le Sam 21 Fév 2009, 11:52

De rien Tibo Wink j'en ai d'autre encore Smile
avatar
vajecy

Nombre de messages : 214
Date d'inscription : 24/12/2008

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'exaltation à Guingamp

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum