Maurice Zeller

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Maurice Zeller

Message  doucet le Ven 11 Mai 2012, 13:05

Bonjour, bien que natif du SE de la France, ce personnage a tellement marqué l'histoire de notre région que je me permets de lui consacrer un petit article

Maurice Zeller est né dans la ville de Menton en 1885. Il entre à l’ Ecole Navale en 1913. Lors de la première guerre mondiale, il participe à des opérations en Méditerranée comme officier de marine, puis en1917, choisit l’aéronautique et intègre une école d’aviation de chasse. Il est décoré de la croix de guerre 1914-1918. Promu lieutenant de vaisseau en 1924, il embarque sur le cuirassé « Strasbourg ». Agé de trente ans, il semble promis à une belle carrière mais celle-ci se termine de façon lamentable, car il passe en conseil de discipline pour être ensuite radié des cadres à cause d’une affaire de consommation d’opium. Les années 1930 le voient occuper divers boulots pour finir journaliste sportif à la radio. Parallèlement, il milite dans les partis de la droite non radicale ; Croix de Feu (a) puis parti social français (b). En juillet 1939, il quitte Paris pour Saint Brieuc. En septembre, il tente de s’engager dans l’armée mais est éconduit à cause de son dossier.
Dépité, il s’engage dans la Croix Rouge pour participer à la campagne de France. Fait prisonnier par les Allemands, il est libéré comme civil et rentre dans les Côtes d’Armor (Erquy).
Les débuts de la collaboration
A l’issue d’une rencontre fortuite, il se lie d’amitié avec l’occupant et au mois d’août 1941, il rejoint les rangs de la LVF (c). Il endosse un uniforme de capitaine et suit en compagnie de 1800 autres Français une instruction militaire en Pologne. Il est déclaré inapte au service suite à de nombreux ennuis de santé et quitte le front sans avoir tiré un coup de fusil. Membre du PPF de Doriot, il se fait nommer, courant 1942, délégué départemental de la LVF pour les Côtes d’Armor. Comme il ne semble pas montrer un grand zèle dans ses fonctions de recruteur, il est démis de ses fonctions. D’autres sources citent que les causes de son renvoi sont plutôt dues au fait qu’il aurait été surpris par les Allemands en train de voler de l’argent dans la caisse.
Désoeuvré ou contraint, il rencontre le capitaine Maschke, officier chargé des relations entre les autorités françaises et allemandes à la Feldkommandantur de Saint Brieuc. Ce dernier le met en contact avec un certain Fischer membre du Sicherheitsdienst (SD) (d) de Saint Brieuc qui lui propose de faire du renseignement. Commence alors un engrenage qui ne verra son épilogue qu’avec l’exécution de Zeller.
Son air engageant et des faux papiers le présentant comme "chargé d’organiser dans les Côtes d’Armor des comités destinés à assurer l’administration municipale lors de la Libération lui permettent d’infiltrer facilement les milieux de la résistance de la région.
Ses actions permettent :
- l’arrestation de réfractaires au STO de Saint Quay Portrieux embarqué à bord du chalutier Viking,
- -l’arrestation de nombreux patriotes, Paul Hutin, ancien directeur de l’Ouest Eclair ; la pasteur Crespin, le docteur Hansen, le notaire Le Verger de Loudéac.

Ces ‘actes de bravoure’ le font remarquer par ses supérieurs mais aussi par la Résistance et, suite à une tentative d’assassinat sur sa personne manquée, les Allemands l’envoient, au mois de février 1944, dans la ville de Quimper. C’est également à cette époque qu’il rejoint les rangs de l’Abwehr (e), dont le siège se trouve villa des Mimosas, rue Pic de la Mirandole. Il y continue ses sinistres exploits. Ainsi l’abbé Cariou, du réseau Turma Vengeance (f), et le Frère Salaun, directeur du Lycée de Quimper tombent dans ses filets.
Mais c’est dans le Morbihan que Zeller va franchir le pas décisif qui le mènera de la collaboration active à l’horreur.
En effet, dès le 05 juin 44, les parachutistes du 4ème SAS, commandés par le commandant Bourgoin, ont crée des bases opérationnelles où les résistants du département trouvent armes et matériels et conduisent en leur compagnie sabotages et attaques. Ces épines sur les arrières des Allemands doivent être détruites et c’est à Zeller qu’incombe cette tâche.
Début juillet 1944, il est donc envoyé à Pontivy en compagnie de sbires du même tonneau. Ils intègrent la FAT 354 (Front Aufklärung Truppe). Ce groupe, commandé par le capitaine Herr, uniforme d’infanterie de la Wehrmacht, alors qu’il est de l’Abwehr, est assez disparate : agents du SD, militaires de la Wehrmacht, et surtout le groupe de l’Abwehrstelle de Quimper qui était dirigé par « Henry Armand », de son vrai nom Huschtebrock, maîtrise plusieurs langues dont le breton. Ils sont logés dans une annexe de l’Hôtel de la Gare à Pontivy. Ils sont renseignés par les miliciens du Bezen Perrot (g) et du Parti national breton (h) .
Massacre de Kerihuel
Zeller traque sans répit les résistants et parachutistes réfugiés dans le département. Cette poursuite aboutit finalement à la capture du capitaine Marienne le 12 juillet 1944 au village de Kerihuel(ou Kerhihuel). Mais laissons Marie Chamming’s, jeune agent de liaison, raconter ce drame.
« L’homme était entré brusquement (dans le café Gilet) : les patriotes qui buvaient un verre de cidre restèrent une seconde immobile, le regardant. Il ouvrit son imperméable et se montra en tenue de parachutiste. Les garçons se levèrent, troublés. On commençait à beaucoup parler de faux parachutistes. Voyant leur hésitation, Munoz (un agent de l’Abwher) sortit une carte d’identité. " Vous voyez bien que je suis des vôtres" leur dit-il. Ils se passèrent la carte du lieutenant parachutiste Grey de main en main. Comment auraient-ils deviné qu’il venait d’être arrêté avec Jego ? (le 11 juillet à Lizio) Pas de doute, elle était bonne. [.]
Il leur avait demandé où était le boucher Mahieux."C’est lui ; leur avait-il confié, qui me conduira au capitaine Marienne." A quoi bon Mahieux ? puisque eux, les garçons, ils savaient où l’envoyer ? "Adressez vous au charron de Cadoudal, près de Kerhihuel", dirent ils enfin.
(Les trois résistants, le patron du café et le boucher Mahieux seront arrêtés par les hommes de Zeller et envoyés à Locminé où ils seront interrogés et torturés par des hommes du Bezen Perrot et du SD- DCT).
L’aube (12 juillet) va se lever. Le jeune garde s’est assoupi. Un coq a chanté. Dans les taillis où ils (parachutistes) ont établi le nouveau camp, ils dorment encore profondément. Trois voitures ont déjà quitté Locminé, avec douze hommes armés de révolvers et de mitraillettes. Munoz est accompagné cette fois de Zeller, avec Gross (Abwehr), Luis Deniz, Herr et Fischer.[.]
Munoz descendit un peu avant le village de Cadoudal et vint chez le charron. "Allez chez Danet, à la ferme qui est là", lui dit celui-ci."Demandez aux gens qui dorment ici" dit à son tour le fermier quand Munoz s’enquit du capitaine. Zeller, les miliciens et les Allemands suivaient l’approche, cachés derrière les talus. Munoz ayant fait le signe convenu, ils se démasquèrent et encerclèrent l’appentis où couchaient huit jeunes gens. Leurs armes étaient entassées à l’entrée. "Où est Marienne ?" hurla Fischer. (Marienne et ses hommes sont arrêtés) Au bout d’un quart d’heure de coups et d’injures, n’en tirant rien, les Allemands menèrent leurs prisonniers jusqu’à la cour de Kerhihuel. Les jeunes F.F.I. étaient toujours étendus sur le sol."Où sont les officiers ?"demandèrent les Allemands. Marienne et Martin (François, lieutenant) s’avancèrent. "N’oubliez pas que nous sommes des soldats !" dit Marienne, mais on l’obligea avec martin à se coucher à côté des garçons. Les autres parachutistes (Judet, Mendes-Caldas, Beaujean, Bletterie, Marty, Hannicq) furent poussés contre un bâtiment : on leur fit lever les bras et on fouilla encore ceux qui étaient habillés, car plusieurs n’avaient que leur caleçon, comme le sergent Judet. Une première rafale partit et son camarade s’écroula à côté de lui. (Judet sentant sa dernière heure arrivée tente le tout pour le tout et réussit à s’échapper. Il sera tué en Hollande le 09 avril 1945). Ils les tuèrent tous, les huit patriotes (Morizur, Louail, Le Breton, Gondet, Denoual, Grignon, Le Bomin, Garaud), le fermier Danet, Alexandre et Rémy Gicquello, et les sept parachutistes, devant le groupe de femmes épouvantées, debout dans un coin de la cour. Les traîtres se firent photographier devant les hommes étendus morts, la face dans la poussière. Zeller avait le visage sombre, mais les autres riaient."

Les hommes de Zeller récupèrent des documents sur les cadavres des parachutistes qui leur permettent d’identifier d’autres camps. Ainsi la troupe du lieutenant de Kerillis, dit Skinner, est capturée deux jours plus tard dans la région de Trédion. Zeller torture la femme et la fille du fermier qui abritait les résistants et tous les hommes à l’exception des deux officiers, (Skinner, Fleuriot) sont abattus puis jetés dans les flammes de l’incendie de la ferme. Skinner et Fleuriot, blessés, sont enfermés dans la prison de Pontivy. Ils sont exécutés par Zeller et ses hommes quatre jours p lus tard, dans la région de Bieuzy.
Jusqu’à la fin du mois de juillet, la traque se poursuit. Devant la progression des trois forces blindées américaines, les hommes de la FAT quittent Pontivy le 03 août, direction Angers. Les collaborateurs s’y regroupent le 06 août, avant de gagner Paris le 12, puis l’Allemagne où Zeller tentera de monter des commandos destinés à opérer en France. Il est finalement arrêté le 04 mai 1945, à la frontière suisse par des gendarmes français. Il sera jugé et fusillé à Rennes en 1946, en compagnie de Gross et de Munoz (?).

(a) Croix de feu (b) Parti Social Français
L'association des Croix-de-Feu ou Association des combattants de l'avant et des blessés de guerre cités pour action d'éclat (1927-1936) était une ligue d'anciens combattants nationalistes français, dirigée par le colonel François de La Rocque1. Considérée par ses opposants et des historiens anglo-saxons, à tort selon la majorité des historiens français actuels, comme une expression d'un fascisme hexagonal, elle est dissoute en 1936, donnant naissance au Parti social français (1936-1940), plus grand parti de masse de la droite française

(c) L.V.F. :
La Légion des volontaires français contre le bolchévisme (dite Légion des volontaires français ou LVF est créée le 8 juillet 1941. Cette naissance est portée par une galaxie de partis collaborationnistes, notamment le RNP de Marcel Déat, le PPF de Jacques Doriot, et le MSR d'Eugène Deloncle. Elle est dissoute en 1944 pour être principalement intégrée à la Division SS Charlemagne. La LVF utilisait comme étendard le drapeau tricolore français

(d) Sicherheitsdienst :
Le Sicherheitsdienst, littéralement le « service de la sécurité », était le service de renseignements de la SS

(e)Abwehr
Amt Ausland/Abwher im Oberkommando des Wehrmacht:bureau extérieur/défense du haut commandement de la Wehrmacht. Service de renseignement militaire dirigé par l'amiral Canaris

(f) réseau Turma Vengeance
Avec plus de 30 000 membres répertoriés 1, le réseau Turma-Vengeance, fondé en janvier 1941 en zone occupée par trois amis médecins, est l'un des plus vastes mouvements de résistance intérieure française.

(g) Bezen Perrot
http://bretagne-39-45.forums-actifs.com/t617-bezen-perrot?highlight=Bezen+Perrot

(h) Parti national breton
Le Parti national breton (PNB, Strollad Broadel Breizh en breton) était un parti politique nationaliste breton qui a existé de 1931 à 1944

sources: Histo Mag 44 HS nmr 3
J'ai chois la tempête - Marie Chamming's - Ed France-Empire
http://fflsas.org


en annexe un petit fichier avec photos et plan

bonne lecture
JMD
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doucet

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