La Libération de l'Ille et Vilaine

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La Libération de l'Ille et Vilaine

Message  Logico le Mer 07 Oct 2009, 12:27

450 Prisonniers Allemands :
Après la percée d'Avranches le 1er août à 10 heures 40, les seize premiers blindés américains débouchent à Pontorson. A 12 heures la ville est reprise par les allemands. A 15 H 30, Pontorson est définitivement libéré.
Louis Cahu se souvient des jours qui ont précédé la libération :
" Le 28 juillet à 11 heures du soir, ordre est donné aux quinze hommes restés au bois du Gault de rassembler les armes et partager les balles. Nous nous tenons embusqués dans un champ au bord de la route Nationale entre Argouges et Antrain. C'est alors que nous entendons le bruit d'une moto. Celle-ci arrive une minute après. Le sergent Rivière tire avec son fusil mitrailleur. Le conducteur de la moto est touché et arrêté.
Un fusil mitrailleur est ensuite placé de chaque côté de la route de façon à faire un tir croisé pendant que les autres maquisards armés de fusils sont placés le long du talus. Un convoi d'allemands avance à pied sur la route. Ils sont une cinquantaine. Arrivés à dix mètres de nous, nous avons ouvert le feu. Plusieurs allemands ont été blessés.
Nous partons alors plus loin afin de ne pas nous faire repérer. Il était 5 heures du matin ce 29 juillet. Nous entendons alors un bruit de moteurs. Nous sommes prêts à tirer et tout à coup un tank énorme éclairé de deux gros phares débouche d'un tournant. Nous étions heureusement camouflés derrière une ferme qui bordait la route, sans cela nous aurions été tués.
Le 1er août, René Brune est chargé d'aller à Antrain afin de recueillir auprès des gendarmes (qui soutiennent la résistance) des chaussures pour les maquisards. Arrivé à Saint-Ouen-la-Rouerie, quelle n'est pas sa surprise, de voir des hommes en train de défiler autour du monument aux morts avec le drapeau Français. René n'en croit pas ses yeux "
Ils sont fous de défiler avec le drapeau français alors que nous sommes encore occupés se dit-il. C'est là qu'il apprend que les Américains de la division Patton descendent sur la Bretagne. Un habitant de Saint-Ouen le voyant crie : "C'est un gars du maquis". Et il emmène René fêter la Libération au café.
Mais le combat n'est pas terminé. Louis Cahu raconte :
"Le 1er août venant d'Argouges et arrivé à Saint Ouen la Rouerie, notre groupe défile avec le drapeau français. C'est à ce moment que des cultivateurs nous indiquent qu'un groupe de boches armés se tient dans un petit massif en bordure d'un bois. Avec le sergent Nick, nous décidons d'y aller, moi seulement armé d'une grenade et Nick d'un FM . Nous nous rendons à l'endroit indiqué
Sept Allemands étaient là en train de manger, leurs fusils posés près d'eux. Pendant que Nick les tiens en joue, je saute par-dessus un talus avec ma grenade à la main. Sous l'effet de surprise les allemands se rendent."
C'est ainsi que j'ai obtenu mon premier fusil.
Au moment où nous arrivons, une chenilllette allemande ouvre la voie à un convoi venant de Cogles. Le sergent Rivière se met au milieu de la route pour viser le conducteur par la lucarne.
Mais il est tué sur le coup par une balle explosive. Les maquisards stoppent néanmoins le convoi à un carrefour, tuant un allemand, en blessant dix sept ou dix huit autres et font 70 prisonniers.
Après cela, nous avons repris la route avec nos prisonniers et sommes arrivés en même temps que les alliés à Antrain. Où la population nous a acclamé avec joie.
La plupart des maquisards dispersés à Argouges se regroupent à Antrain. L'hôpital nous sert de prison où nous gardons les prisonniers allemands dont le nombre ne cesse de grossir
De nouveaux venus rejoignent la résistance à ce moment. Le maquis d'Argouges qui compte désormais 120 personnes est situé à un endroit stratégique, au sommet d'une côte sur la route de Pontorson à Rennes. Les Allemands circulent régulièrement sur cet axe.
Après la percée d'Avranches par les troupes de Patton, le maquis du Bois du Gault et de Blanche Lande mène des actions de harcèlement dans la région, le nettoyage des arrières contre les Allemands qui battent en retraite sous la pression des Américains Ces opérations de guérilla ont permis de faire jusqu'à la Libération de la région quatre cent cinquante prisonniers allemands environ, certains s'étant rendus spontanément devant l'avance des troupes américaines.
Gilbert Renault, plus connu sous le nom de colonel Rémy, alors chargé par le général De Gaulle de favoriser le rassemblement des organisations de Résistance se retrouve mêlé à l'armée de Patton. Alors qu'il se rend à Rennes, il traverse Antrain. C'est là qu'il rencontre Sylvio Borgo " un grand diable au visage boucané" qui veut montrer à un officier français les centaines de prisonniers allemands faits avant l'arrivée des américains et qui sont rassemblés à l'hôpital.
Le colonel Rémy dans ses mémoires d'un agent de la France Libre relate cet épisode :
"Cela valait la peine d'être vu, je quittai la voiture avec mon fidèle Rossi, dit Maurice qui était du voyage. Précédé de Sylvio, nous arrivâmes dans une vase salle de plusieurs centaines de sous-officiers et d'hommes de troupe, couchés sur des matelas ou accroupis sur le plancher se trouvaient rassemblés.
" Garde à vous ! cria Sylvio d'une voix de stentor. C'est un colonel Français !
Les allemands obéirent comme un seul homme.
Vous avez devant vous un officier français du général De Gaulle ….
Le colonel Rémy fit un speach qu'un Allemand traduisit
La même scène se reproduisit quelques instants plus tard avec la douzaine d'officiers, un major, des capitaines et des lieutenants enfermés dans une autre salle
"Les 3 et 4 août 1944, précise Raymond Le Pen, le maquis de Blanche Lande remettra aux troupes Américaines à Antrain 450 prisonniers allemands contre un reçu dont l'original se trouve au Musée de la Résistance Nationale. En contre partie, les maquisards gardent les armes prises à l'ennemi. "

La Libération :
La Bretagne va être libérée très rapidement. Le 2 août, l'armée de Patton est à Betton, à Dol-de-Bretagne et à Combourg. Le 4 août Rennes est libérée. Mais les villes de Saint-Malo et Brest, assiégées subissent les tirs d'artillerie américaine. Quant à Lorient et Saint Nazaire, elles ne seront libérées qu'à la capitulation de l'Allemagne en mai 1945.
Au cours et après la Libération, les maquisards de Buzot ont pour certains, ou bien servi les FFI, ou se sont joint à l'armée régulière.

Raymond Le Pen achève ainsi son récit :
" A la libération de la région d'Antrain, beaucoup de jeunes et de réfractaires qui jusqu'à ce jour ne s'étaient pas manifestés viennent rejoindre les FFI. Aussi Frémont et Anger réorganise leur troupe, une compagnie se chargera du nettoyage du secteur, une autre se joindra à la colonne américaine qui se dirige sur Saint-Malo par la côte. Un autre groupe se dirigera vers Rennes pour participer à la libération de la ville.
Le groupe de Saint Malo, commandé par le capitaine Anger accompagnera les Américains jusqu'à la libération de la cité corsaire. Des postes de garde seront établis par les FFI tout le long de la côte. Le sergent Nick se retrouvera ainsi au poste de Saint-Coulomb à 5 km de Saint-Malo. C'est là que le 24 septembre 1944, à la pointe du Meinga, Nick sera tué en sautant sur une mine.. Les hommes du capitaine Anger seront ensuite incorporés au 41ème et 137ème Régiment d'Infanterie et dirigés sur le front de Lorient.
Un groupe d'une vingtaine d'hommes avec Mme de Courcy s'embarque dans une voiture légère et un camion pris aux allemands pour se diriger vers Rennes. Voitures et camions avaient gardés les insignes de l'armée allemande. Seul un drapeau Français avait été accroché à l'avant du camion en signe de reconnaissance. En route le groupe fit sept prisonniers qui furent embarqués dans le camion. Arrivé à Saint-Armel près de Rennes, le petit convoi fut survolé par des avions. Il stoppa et quelques maquisards s'abritèrent dans le fossé. L'un d'entre eux agita le drapeau … Les avions repassèrent et mitraillèrent le rassemblement. Le camion chargé de munitions prit feu et explosa, tuant les maquisards et les prisonniers qui se trouvaient à bord. Il y eut des blessés et une quinzaine de morts. Ce groupe commandé par le lieutenant Malon était anéanti.
Les survivants aidés par Mme la marquise de Courcy et Mademoiselle Cointemant de Rennes, qui manifestèrent beaucoup de courage et de dévouement, allèrent chercher des secours et vinrent en aide aux nombreux blessés. La municipalité et la population firent le nécessaire pour donner aux victimes une sépulture décente. Le commandant Adam et le capitaine Anger assistèrent aux obsèques. Pierre Halais au cours du mitraillage avait eu l'arme qu'il tenait à la main brisée par une balle. Sous le coup de la violente émotion provoquée par la mort de ses camarades, pour certains calcinés dans l'avion en feu, victimes des libérateurs qu'ils étaient venus aider avec enthousiasme, jugea que l'aventure devait raisonnablement se terminer pour lui et rentra à la ferme de ses parents à Antrain pour se consacrer à la rentrée des moissons du mois d'août. Son frère Paul s'engagea dans les FFI.

A la suite du nom du sergent Georges Rivière, tombé à l'ennemi le 1er août 1944, viennent donc s'ajouter ceux de Lelostec André de Saint-Servan, Bienassis Jean de Plerguer, Taillard François de Saint-Brieux, Laudier Marcel de Rennes, Aulopohi Jacques de la Côte d'Ivoire et du Parisien Roger Collot, morts au cours du mitraillage de l'aviation alliée à Saint-Armel prés de Châteaugiron."
Robert Jouan se souvient aussi " qu'un groupe de Broualan se retrouve à garder un blockhaus allemand à la Pointe du Grouin près de Cancale. Sur le mur de gauche après l'entrée apparaît encore une inscription que l'on peut lire, une phrase dont le sens est à peu près celui-ci
" Mort aux boches ! Les gars de Buzot vengeront l'adjudant Lambert. Septembre 1944 "
A la libération, le commandant Adam devient le chef d'état major des FFI d'Ille et Vilaine. Désiré Anger continue la guerre avec une partie de ses hommes comme capitaine au 41ème Régiment d'Infanterie sur le front de Lorient.
Robert Jouan, après le maquis du bois de Gault, a voulu suivre l'armée américaine. Mais sa requête a été rejetée en raison de son jeune âge. Il est donc rentré chez lui. Paul Stéiss toujours blessé au bras est également rentré chez lui. Auguste Delaigue, nommé capitaine a poursuivi l'action au sein du 41ème régiment d'infanterie. Bernard Pace, comme de nombreux autres maquisards de Broualan a continué lui aussi avec le 41ème régiment d'infanterie. Louis Cahu a fait de même et a été démobilisé en octobre 1945 après la fin de la guerre.
Louis Bouteiller parti avec le groupe de Saint-Malo subit une opération des yeux à Saint-Servan et est ensuite devenu infirmier militaire à Rennes, puis Saint Brieux.
Louis Guinebault, après la résistance à Saint-Aubin-d'Aubigné est ensuite orienté sur la caserne Marguerite à Rennes où il garde les miliciens prisonniers jusqu'au 1er septembre 1944, date de sa démobilisation.
Michel Motais, Léon Delamaire, Francis et Charles Lecointe, Louis Gaudin, Joseph Coba et Georges Devinquier ont intégré après la libération de Saint-Malo le 5ème bataillon de Sécurité avec le capitaine Mustet et le commandant Frémont. Ils ont participé à la libération de la Côte d'Emeraude aux côtés de l'armée américaine, puis vont ensuite au centre civique de Saint-Malo avenue Louis Martin. A la mi octobre 1944, ils partent à la caserne de la Concorde, au 5ème bataillon de Sécurité à Saint Servan. A la fin octobre à Rennes, vêtu d'une tenue anglaise, ils sont affectés au 137ème régiment d'infanterie et sont dirigés au Camp de la Marne pour garder des prisonniers. Quatre mois avant la libération de Lorient, ils sont renvoyés sur ce même front.
René Brune pour sa part, entré chez les FFI le 1er juillet 1944 y est resté jusqu'au 4 août de la même année. Il s'engage ensuit dans l'armée. Avec la 1ère compagnie du 1er bataillon du 41ème régiment d'infanterie, il est dirigé sur la Poche de Lorient où 30 000 Allemands se sont retranchés. René Brune participe aux combats qui vont permettre à Lorient d'être libéré le 7 mai 1945, puis il va passer deux années dans l'Allemagne occupée par les forces alliées.
Ici s'arrête l'épopée des maquisards de Broualan qui ont tenu toute leur place dans la Libération du pays.

La place de la Résistance dans la Libération de la Bretagne

Les Résistants d'Ille et Vilaine, les maquis, ont payé un lourd tribut dans leur combat pour la libération Nationale. Ainsi l'office des Anciens Combattants relève dans ce département :
546 Déportés dont 277 morts en Allemagne
261 Internés
294 fusillés ou Exécutés
Certains ont pu manquer d'expérience, mais ils ont surtout manqué d'armes.
Aux martyrs et faits déjà cités, d'autres méritent de l'être. Il en est ainsi de la quinzaine de jeunes gens d'Ille et Vilaine voulant rejoindre le général De Gaulle embarqués sur le Buhara qui a été intercepté par un patrouilleur allemand le 12 février 1941.
Après un jugement deux jeunes sont condamnés à mort et exécutés, douze autres sont déportés, le plus jeune est gracié en raison de son âge.
Nous pouvons également signaler les faits suivants : Le 24 mai 1944, à la suite d'une dénonciation, la ferme Gerrigon à Gogen, où les FTPF entreposent les armes, est attaquée et brûlée par la Gestapo. Emile Gernigon est fusillé le 30 mai avec 18 de ses camarades. André son frère et Armand Daniel, un ouvrier agricole, sont déportés.
Le 6 août 1944, au lieu dit Port de Roche, à Langon, les FTPF Armand Jolivel, Jean Baptiste Lebreton, Auguste Guérin, Jules Lafrèche, Gabriel Nerou, Célestin Poulain, Jean Lepère sont fusillés. Pierre Porcher est fusillé à Angers..
Ces faits portent témoignage de la férocité et de la répression dans notre département.
Les organisations liées au PCF telles le F.N. et les F.T.P.F. ont joué un rôle essentiel. Puis intégrées avec l'AS et D.F. dans les F.F.I., elles ont été suffisamment fortes en Ille et Vilaine comme dans le reste de la Bretagne pour contribuer à la libération de la région. En harcelant les forces de la Wehrmacht, en nettoyant le terrain, en occupant les villes, les résistants ont apporté une aide considérable aux alliés.
Le général Einenhower écrit dans La Croisade en Europe : " Une mention spéciale doit êre faite ici de l'aide qui nous fut apportée par les FFI dans la réduction de la presqu'ile bretonne ;;; Devant l'avance des colonnes alliées, ces forces françaises tendaient des embuscades à l'ennemi battant en retraite, attaquaient les groupes isolés et les emplacements fortifiés et protégeaient les ponts … Elles avaient par leur harcèlement incessant, entouré les allemands d'une atmosphère intenable de danger et de haine, qui sapait la confiance de leurs chefs e le courage de leurs soldats."
Les 25 résistants communistes fusillés le 30 décembre 1942 à Saint-Jacques-de-la-Lande, les 32 patriotes fusillés le 8 juin 1944 à Rennes, les 12 martyrs assassinés par la Milice le 7 juillet 1944 à Broualan et Saint-Remy-du-Plain, les maquisards du Bois de Buzot, comme ceux d'Ille et Vilaine, de Bretagne et de France, ceux qui ont été victime de la répression, ceux qui ont payé de leur vie le combat pour la Liberté, comme ceux qui vivent encore, tous constituent un exemple pour les générations actuelles et à venir.

La percée d'Avranches ayant eu lieu le 1er août 1944 à partir de 15 H 30
Les troupes Alliées se sont dirigées ensuite vers St Malo, Dinan, Saint Brieux puis Brest d'une Part
Vers Rennes par la N 175 d'autre part où ils sont arrêtés à Betton en début d'après midi.
En direction de Fougères d'autre part et libèreront St Sauveur des Landes, St Hilaire des Landes, St Marc le Blanc par la D 18, Saint Ouen des Alleux, Saint Christophe du Valains puis Vieux Vy sur Couesnon par la D 20 se dirigeant vers Sens de Bretagne puis Combourg qu'ils atteindront le 2 août 1944 en après midi.
Grâce à l'arrivée des Américains vers 11 H 30, les Résistants encerclés par les Allemands à la suite du parachutage de Saint Christophe du Valains pourront reprendre du service.
Avec mon groupe, nous reprenons les armes en début d'après midi du 2 août et participons au nettoyage de la Région. Pour ma part, j'essuie mon premier coup de feu à la Bederais en Vieux Vy en soirée de ce 2 août 1944 mémorable.
J'ai moi-même participé au convoyage des prisonniers Allemands qu'on à livré aux Américains à Betton.

Roger Lenevette ex FTP du groupe de Vieux Vy

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