Les séminaristes à l'aérodrome de Saint-Jacques-de-la-Lande

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Les séminaristes à l'aérodrome de Saint-Jacques-de-la-Lande

Message  vajecy le Dim 09 Aoû 2009, 11:21

Témoignage de monseigneur Plateau

La sentinelle piégée par l’humour Clérical.
«C’était sans doute en 1944 à l’approche du débarquement de Normandie ou peu après. Une bonne centaine de séminaristes en soutane, que les évènements de la guerre troublaient dans leurs études et dans leurs sommeils, venaient d’être mobilisés sans préavis par la Wehrmacht pour aller réparer les dégâts causés par l’aviation alliés sur les pistes de l’aérodrome. J’avais 20 ans tout juste. Nous savions que l’opération était risquée. Embarqués tous ensemble, en soutane, sur des camions plate-forme de l’armée occupante nous avons traversé la ville en nous cramponnant les uns aux autres sous le regard amusé mais un peu inquiet de nos compatriotes rennais.
Bien vite rendu à pied d’œuvre sur les piste dévastées, nous nous sommes entendus définir notre tâche par un gradé. Des sentinelles d’apparence débonnaire nous gardaient. Dans mon coin, nous avions repéré assez vite que le nôtre était organiste dans une église de Nuremberg. Nous lui avons dépêché, sans plus tarder, nos virtuoses du clavier pour discuter de Jean-Sébastien Bach. L’effet de sa vigilance était garanti. C’est-à-dire que le travail allait lentement aussi longtemps qu’un sous-officier plus zélé pointait pas à l’horizon.
Mais comment faire durer le travail sans augmenter dangereusement le risque de voir surgir en rase motte des appareils anglais ou américains qui n’auraient pas eu le temps de repérer les valeureux patriotes en soutane qui se hâtaient lentement sur les pistes? L’habitude du chant choral nous prédisposait à chercher du côté de la musique une solution à notre problème. Nous avons remarqué que l’armée allemande soucieuse de notre survie avait mis à notre disposition près de la piste un camion avec chauffeur prêt à démarrer en cas d’alerte aérienne pour nous emmener à quelques encablures hors du périmètre dangereux. Le chauffeur n’avait rien d’autre à faire qu’à attendre l’alerte. Nous avions remarqué qu’il se livrait à une sieste réparatrice pour compenser sans doute ses nuits de veille. Une brève et discrète concertation nous permit de mettre au point un scénario de fausse alerte sans prendre trop de risque. Le chant à bouches fermées n’avait plus de secret pour nous. Une centaine de voix mâles en pleine force permettait de développer en chromatique un son de sirène assez puissant pour mettre en état d’alerte notre sentinelle endormie.
Sans nous faire trop d’illusion nous avons essayé: ô miracle cela marchait! Notre sentinelle réveillée en sursaut démarrait son camion tandis que, sans nous faire prier, nous sautions dans le véhicule. Evidemment l’alerte pouvait durer assez longtemps mais nous avions pas vraiment envie de faire la sieste tant notre audace nous faisait craindre le pire lors de la découverte de notre mauvaise foi. Au bout de quelques longues minutes la venue d’un gradé, le visage cramoisi de colère, mit fin à la récréation des «potaches». Le chauffeur a dû en entendre parler…. Nous avons quand même eu droit à la soupe à l’allemande avec tous les plats du menu dans la même écuelle. Ces petits français sont si difficiles. Le soir nous retrouvions la popote du séminaire et nous pouvions soigner nos courbatures.
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vajecy

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