libération vue du Guilvinec

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libération vue du Guilvinec

Message  alain le Lun 20 Mai 2013, 19:18

Bonjour
Je vous livre un témoignage sur la libération dans le pays bigouden
cordialemnt
Alain

L’Administrateur de l’inscription maritime AUDIGOU, chef du quartier
A
Monsieur le Directeur de l’inscription maritime à Nantes.

Objet : Rapport sur les événements depuis le 1er août.

Depuis quelque temps déjà, les Allemands préparaient soit disant la résistance dans les ports les plus importants de la région en creusant des trous de mine dans les quais, les jetées et les phares. En réalité, ils préparaient un départ possible en cherchant à le réaliser selon la formule chère à tout boche digne de ce nom, je veux dire : en détruisant pour le plaisir de détruire, car il est bien évident que la destruction des quais dans des ports tels que ceux du Guilvinec, Loctudy, Penmarch, Concarneau, Audierne, Douarnenez n’aurait pu empêcher, ni même retarder un débarquement.
A partir du 2 août, les Allemands commencent avec fièvre leurs préparatifs de départ. Des caisses et des malles de toutes espèces et de toutes dimensions s’accumulent dans les cours et jardins des locaux occupés. Des soldats cherchent à vendre des objets encombrants ou inutiles pour se procurer de l’argent. Les GASTen (sic) seules ne semblent pas pressées.
Les munitions de toutes les casemates et de tous les postes de D.C.A. sont transportées à Pont-l’Abbé où un train est formé. Ce train contient en outre des wagons complets de draps, tissus de toutes espèces etc. Il ne devra pas quitter la gare et Pont-l’Abbé, privant ainsi les membres de la résistance, encore anonymes, des fruits d’une opération préparée avec soin. Les Allemands mettent le feu au train qui brûle et explose pendant une bonne partie de la journée 3 août pendant que des habitants de Pont-l’Abbé et des environs pillent les wagons de marchandise.
Le 4 août, les Kommandanturen et leurs services doivent quitter Guilvinec, Penmarch, Pont-l’Abbé, Loctudy, et être remplacées par des Russes encadrés par des volontaires allemands provenant de Plobannalec.
A 14 heures, je suis dans l’obligation de me rendre à la G.A.S.T. pour une affaire de service. Aucun ordre de départ. On s’occupe encore d’interdire le port. J’avais obtenu quelques jours avant, que les
Embarcations à avirons puissent sortir dans une zone limitée.
A 17 heures, j’apprends par les personnes qui depuis longtemps avaient mission de me renseigner, que la G.A.S.T avait reçu l’ordre de fuir sans perdre un instant.
Les camions de lécole de D.C.A. et ceux de la Kommandantur ont quitté au début de l’après-midi.
A 17h30, le pavillon de l’Inscription Maritime flotte sur l’église du Guilvinec.
A 19h, la G.A.S.T. quitte Guilvinec. A 20 heures, le pavillon est hissé au mât de l’Inscription Maritime devant un adjudant allemand et 3 hommes, qui pensent plus à chercher des charrettes qu’à réagir ? Le signal est donné et quelques drapeaux ornent les fenêtres de la rue principale.
La G.A.S.T. avait pour mission de tout détruire avant de partir, mais les charges d’explosif n’avaient pas été mises en place. Heureusement, car une partie des maisons proches des quais auraient été détruites et une grande partie des autres maisons soufflées. Les charges prévues étaient de 50 kg et les trous de mine étaient creusés à 15 mètres environ les uns des autres.
A minuit, les 30 Russes encadrés quittent définitivement Guilvinec.
Dans tous les autres ports et villes, sauf Quimper et Bénodet, la fuite des Allemands a lieu dans le même temps.
A PENMARCH – Comme je l’avais signalé, le phare d’Eckmühl était miné. Les Allemands n’ont pas eu le temps de fixer les détonateurs ni de faire sauter les mines. Les détonateurs trouvés le lendemain matin sont enterrés pour éviter leur utilisation en cas de retour des occupants. Un appareil de radio-détection était en cours d’installation sur le vieux phare. Les Allemands le font sauter avant de quitter St Pierre.
A LOCTUDY – Les lanternes des phares sont mises hors d’usage par la G.A.S.T. Le village de Pitchpeut, dans lequel deux maisons dans le voisinage d’une casemate étaient bondées de munitions, est presque entièrement détruit par l’explosion de ces dépôts. 12 maisons sont entièrement détruites, les autres très abimées, sont inhabitables actuellement.
A QUIMPER – Pendant les journées des 3 et 4 août et la nuit du 4 au 5 août, les convois traversent la ville et s’éloignent. Le 5, la résistance empêche tout départ en gardant les routes à la sortie de la ville. Les Allemands sont maîtres de la ville.
Le 8 août, un arrangement intervient entre les résistants et les troupes allemandes. Une forte partie des deniers quittent la ville. Un convoi de 8 voitures est attaqué et détruit sur la route de Brest à la sortie de la ville.
Le 9, les derniers allemands quittent Quimper qui manifeste bruyamment sa joie dans les jours qui suivent.
A BÉNODET – 5 bateaux de guerre sont mouillés dans le port. Ils ont été attaqués par plusieurs avions anglais et 3 d’entre eux sont touchés et ne peuvent appareiller. Le petit arsenal de Bénodet travaille activement à les réparer. Les batteries de D.C.A. reçoivent l’ordre de continuer à à protéger le port. Les marins mettent sac à terre et s’en vont en direction de Lorient pour revenir dans la même journée.
Dans la nuit du 9 au 10, 3 navires réussissent à franchir les passes et à s ‘échapper. La nuit suivante, les deux navires restants s’éloignent à leur tour de Bénodet.
Le 11, les troupes de terre, qui s’étaient groupées à Bénodet, laissent libre la rive de Ste Marine, quittent la ville pour Concarneau. Elles sont attaquées en cours de route à plusieurs reprises. Dans la nuit, elles avaient fait sauter les 3 phares de Bénodet et le bac
On paut assurer que le départ précipité des Allemands est dû, d’une part, par la destruction par la résistance de leur réseau de communication et simultanément au bluff orchestré par les anglo-américains. On peut également dire que ces mêmes nations ont sauvé mon quartier d’une destruction partielle parfaitement organisée.

COMBATS NAVALS – EPAVES – Des combats navals ont eu lieu à plusieurs reprises en face de Guilvinec et dans la baie de la Torche. 3 bateaux chalutiers ont été coulés par petits fonds dans ma circonscription. Ce sont des chalutiers qui étaient montés par des marins et des soldats dont un grand nombre ont été tués ou brûlés, les autres ont été fait prisonniers à terre.
Les organismes de résistance ont immédiatement pris possession de tout ce qui pouvait les intéresser à bord, sans que je puisse intervenir utilement.

LES MUNICIPALITES – Le jour même du départ des Allemands, des groupes se formaient n’ayant pour objet de conversation et de discussion que la politique. La politique était le « délassement » favori de la population avant la guerre. Il ne semble avoir perdu aucune de ses qualités au cours des 4 dernières années.
Le lendemain matin, des champions de tous les partis se rencontraient aux portes des mairies avec la très louable intention de prendre le pouvoir pour mettre ou maintenir l’ordre. L’extrème-gauche en plus grande force, soutenue et dirigée dans les communes de Guilvinec, Plobannalec, Tréffiagat par un instituteur de Léchiagat qui paraissait être son chef, l’emporta, constituant immédiatement une sorte de conseil municipal et désignant un maire qui ne pouvait avoir aucun pouvoir réel et dont la signature restait sans valeur.
A Penmarch, le procédé a été le même. Le maire n’a cependant pas voulu céder sa place. Son rôle consiste à signer et à s’occuper du ravitaillement en pain. Une note comique cependant : ce maire, qui a été nommé par Vichy et proposé par les prêtres, a, pour conserver sa place, présenté pour constituer une municipalité aussi voisine que possible de celle en place en 1939, conformément aux prescriptions de l’arrêté publié au bulletin officiel n° 1 du Commissaire Régional, signé du Général de Gaulle, 3 listes à la Commission d’épuration ou lui-même figure sous la couleur radical-socialiste, la 3ème seulement ayant été, si mes renseignements sont exacts, acceptée.
A QUIMPER – La municipalité est remplacée actuellement par une Commission composée de personnes honorablement connues représentant divers partis politiques.

A LOCTUDY, BÉNODET et COMBRIT – Les municipalités sont celles qui fonctionnaient pendant l’occupation.
Le Maire de Loctudy, le Général de Penfeuntenyo a dirigé et continue à diriger sa commune d’une manière qui peut être considérée comme un exemple de droiture, de justice et de fermeté. Les Allemands eux-mêmes à plusieurs reprises n’ont pas osé revenir sur des ordres ou des dispositions prises par lui.

RESISTANCE - La question Résistance est liée à celle des municipalités, car il est apparu presque partout sur la côte que sous couvert de la Résistance on préparait une action politique. C’est ainsi que les divers éléments de la Résistance ont aidé à mettre en place les municipalités dont il a été question plus haut et à les maintenir, au lieu de poursuivre les attaques contre les Allemands.
Un noyau de Résistants existait dans chaque commune. J’étais évidemment, et bien que le secret fût bien gardé, au courant des ces organisations, dont certaines, il faut le reconnaître ont été créées, installées et dirigées dans l’ordre et la discipline. La plupart paraissaient autonomes et certaines se livraient à des actes dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils avaient de nombreux points communs avec ceux des voleurs de grand chemin.

En raison des circonstances et en dehors des attaques contre les forces d’occupation lors de l’évacuation de Quimper et des localités voisines, la Résistance s’est contenté d’effectuer un service « dit » d’ordre et d’établir des corvées pour l’approvisionnement en vivres des communes.
Le commis Le Brun, qui depuis de nombreux mois était inscrit au groupe Libération a été chargé du casernement pendant une période qui n’excède pas le temps de permission auquel il aura droit lorsque les permissions seront rétablies. Il a repris son poste à l’Inscription Maritime.


alain

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