1ères actions de résistance à Henvic (29)

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1ères actions de résistance à Henvic (29)

Message  Invité le Dim 14 Avr 2013, 14:48

Bonjour, voici un récit décrivant la situation lors de l'arrivée des allemands à Henvic (29)

Dans le village, la situation n’était pas reluisante, le niveau de vie était comparable à celui d’un pays sous-développé. Les fermes isolées, desservies par des chemins cahoteux et malaisés à cause de leurs profondes ornières, ne possédaient ni électricité ni eau courante. Le dur labeur quotidien parvenait à peine à assurer la survie d’une famille souvent nombreuse. Aussi, le moral était-il au plus bas, et l’inquiétude d’autant plus forte que la communication était quasi-inexistante, son seul support étant le bouche à oreille créateur de rumeurs qui se répandaient comme le flux aux grandes marées.

La source officielle d’information était « la pierre » (ar men), autrement dit le mur du cimetière jouxtant la vieille église : c’est là que le dimanche matin, à l’issue de la grand messe, se juchait le secrétaire de mairie dans le rôle de crieur public. Alternant breton et français, il proclamait les annonces officielles et diverses communications de la municipalité, mais bien souvent celles-ci arrivaient passablement déformées aux confins de la commune.

L’église était le point de ralliement du dimanche matin. Le vieux recteur, Eucher Corre, était un homme passionné, fougueux et ardent patriote. Ses sermons reflettaient l’anxiété générale. Utilisant la familiarité de la langue bretonne, il haranguait ses ouailles : « Le bruit court dans la paroisse, disait-il, que les Allemands seraient à Nantes. C’est absolument faux et vous confondez avec Mantes, ville de la région parisienne. D’ailleurs, croyez-moi les Allemands seront arrêtés sur la Seine, comme ils l’ont été sur la Marne en 1914, et jamais un de leur soldats ne viendra profaner notre sol sacré de Bretagne ». Quelques jours plus tard les Allemands seront à Henvic et le vieux curé s’alitera pour ne plus se relever. Il mourra un mois plus tard, de chagrin disait-on, et cette forte personnalité souvent controversée fut aussi beaucoup pleurée.

L’incendie du dépôt de carburant

Depuis quelques mois nous avions assisté à l’édification, à la limite des communes d’Henvic et de Taulé, appelée aujourd’hui « zone des Ajoncs », d’un immense dépôt de carburants destinés à l’armée de nos alliés anglais. Deux énormes pyramides tronquées, constituées par la superposition des bidons, cubiques pour l’essence et cylindriques pour le pétrole, se voyaient de loin mais leur approche était interdite et placée sous la surveillance d’une compagnie de « tommies ».
Et voici qu’un matin se répand une rumeur : « les Anglais ont décampé en catimini pendant la nuit, et les gendarmes de Taulé s’apprêtent à mettre le feu au dépôt de carburant, mais ils autorisent auparavant la population à venir se servir en pétrole. »
Aussitôt toute la foule était accourue munie de toutes sortes de moyens de transport, depuis la brouette jusqu’aux véhicules automobiles. Les hommes, tels des alpinistes, s’attaquaient au flanc de la montagne de pétrole et en faisaient descendre des cascades de bidons. Les gendarmes débordés couraient en tout sens, poussant force coups de gueule et de sifflets.
Le lendemain matin, au réveil, Henvic était plongé dans l’obscurité ; un épais nuage noir planait au dessus des têtes et masquera, pendant une semaine entière, la vue du soleil, plongeant la commune dans un profond marasme. Le comble sera atteint lorsque, alors que le secteur était en flammes arrive en gare de Taulé un train entier de bidons de pétrole. Sous la conduite des gendarmes, le train, éloigné de la gare, est déchargé de ses bidons, lesquels seront défoncés un à un à coup de pioche, et leurs contenus déversés dans la nature. A leur arrivée, les Allemands furieux ne pourront que constater les dégâts.
Mais un dimanche matin, fut proclamé « sur la pierre » un ordre de la Kommandantur de Morlaix mettant en demeure, sous peine des plus graves sanctions, les détenteurs de pétrole anglais à le restituer sans délai.

Le moral des henvicois était donc au plus bas et chacun se demandait quelle nouvelle catastrophe pouvait encore lui arriver. Mais très vite a population fut fixée : les Allemands étaient aux portes du Léon et raflaient tous les jeunes gens âgés de 18 à 20 ans pour les expédier en Allemagne, rejoindre leurs innombrables prisonniers. Aussi, tous les jeunes concernés étaient priés de se rendre au pont de la Corde ou un bateau les attendait pour les emmener en Angleterre. Un groupe d’une dizaine de jeunes henvicois avait embarqué au Pont de la Corde, dans un bateau qui appareilla aussitôt, profitant de la marée haute. Le Capitaine choisit, plutôt que de risquer la traversée de la Manche, de suivre la navigation côtière et mit le cap sur les îles anglo-normandes. Mais en arrivant à Jersey une énorme surprise attendait nos amis : les premières personnes qu’ils virent après leur débarquement ce fut une patrouille de soldats allemands arpentant au pas cadencés les rues désertes du port. Joseph Prigent, séminariste âgé de 20 ans, bien connu et estimé de tous, prit la tête du groupe et alla tout naturellement frapper à la porte du presbytère de l’île. Et pour une fois, la chance se manifesta : le presbytère était occupé par l’officier commandant les troupes d’occupation de l’île, et le pasteur lui expliqua que ces jeunes français étaient des ouvriers agricoles venus, comme chaque année, aider à la récolte des pommes de terre. Il obtint donc un permis de séjour de 3 mois et répartit les jeunes dans les fermes qui, en échange de leurs services, leur assurèrent le gîte et le couvert. A l’expiration du permis de séjour, nos amis reprirent leur bateau et débarquèrent au Pont de la Corde, dans la plus grande discrétion évidemment.
C’est ainsi qu’Henvic manqua de peu de partager avec l’île de Sein, la qualification de « première commune résistante de France».

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Re: 1ères actions de résistance à Henvic (29)

Message  jeremiah29 le Lun 15 Avr 2013, 09:17

Salut Riboul29 !

Merci pour le témoignage... Good
Pourrais-tu en indiquer la source ?..

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Cordialement... Very Happy
Laurent

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